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Dominique Perrault: «Les compétitions sont toujours synonymes de découvertes.»

Crédit photo:  © Photo de Michal Czyz

Dans le cadre de la Conférence internationale ACE-UIA sur les concours de design, ACE s'est entretenu avec Dominique Perrault pour discuter de sa vision des concours d'architecture, de la ville de demain, du concept de paysage et du changement climatique.   

ACE : Vous ouvrirez la Conférence internationale ACE-UIA sur les concours de design en tant que conférencier principal. En 1989, François Mitterrand a lancé un grand concours pour concevoir la nouvelle bibliothèque nationale, dessinant des entrées de 244 architectes du monde entier, un concours majeur que vous avez remporté à seulement trente-six ans. Selon vous, les concours d'architecture sont-ils encore synonymes d'opportunités? une plateforme de créativité et de qualité? 

Dominique Perrault: Au cours de cette conférence, je voudrais mentionner une consultation que nous avons lancée pour les écoles d’architecture sur le thème «Chambord, inachevé». Cette année, le Château de Chambord a 500 ans. Plus de 20 écoles à travers le monde ont répondu à la consultation afin de réinventer le Château: étudiants du monde entier, d'Australie, du Japon, d'Amérique du Sud ou d'Europe. Ce concours a rassemblé une centaine de projets, tant de collages, tant d’utopies. Nous avons développé une véritable plateforme de créativité, suivie d'un Pecha Kucha avec près de 220 étudiants du monde entier qui nous ont rejoints à Chambord pour l'exposition des entrées. La principale différence avec le concours de la Bibliothèque nationale de France réside dans l'approche numérique; toutes les communications se faisaient via internet, ce qui a permis à une centaine d'étudiants de travailler sur ce projet depuis leur pays.  Les concours sont toujours synonymes de découvertes, de propositions innovantes, intéressantes et parfois extrêmement excitantes.  Même si les concours publics ont diminué en nombre et en importance. Les marchés publics privés sont moins étendus que les marchés publics, qui lancent des programmes présentant un intérêt pour la communauté. Les commandes privées lancent des programmes plutôt liés aux opérations.         

ACE : Vous venez d’assister au «Monde Festival» à Paris pour réfléchir à la ville de demain. Comment voyez-vous cette ville?
 
Dominique Perrault: La ville de demain sera beaucoup plus partagée que celle que nous connaissons aujourd'hui. Il s’agit de partager plus de lieux, publics ou privés, comme Airbnb ou d’autres. Un exemple est le village olympique, un projet sur lequel nous travaillons en tant qu'urbanistes. Les villes sont maintenant plus intéressées à construire des quartiers qui ne sont pas seulement des quartiers en eux-mêmes, mais des quartiers dont la conception entretient une relation avec les environnements existants, qui peuvent transformer des environnements plus ou moins adaptés tels que les friches industrielles en nouveaux quartiers, plus connectés en termes de réseau de transport et d'utilisations (logement, travail, services, etc.). Le concept de ville partagée est une caractéristique constante et permanente de notre approche, tant au niveau du programme urbain qu'au niveau social, culturel ou économique.                         

ACE : Avec Groundscape, vous explorez le potentiel de l'architecture souterraine. Comment décririez-vous cette architecture «épidermique» et quelle est votre relation avec le sol?
 
Dominique Perrault: Cela étend la question de la ville partagée, c’est-à-dire en trouvant «plus» au même endroit. Plus de possibilités. Le sol devient ainsi une ressource et non un lieu où il n'y a que des infrastructures. Utiliser «l’épiderme de nos villes» signifie étendre les bâtiments dans le sol, créer des racines pour eux, et donc un réseau complémentaire qui offre plus de services aux «pieds» de bâtiments.    

ACE : L'architecture est-elle une solution dans la lutte contre le changement climatique?     

Dominique Perrault: Il s'agit d'une question essentielle, car les secteurs du bâtiment et de la construction sont les plus grands pollueurs. Il y a beaucoup de travail à faire avec l'architecture pour une ville plus durable et résiliente du point de vue de la construction et de l'urbanisme. C'est un sujet qui est très étroitement lié à la vision de la ville et de son développement dans les décennies à venir. Il est temps de se «réveiller»!     

ACE : Vous travaillez actuellement sur l'Ile de la Cité à Paris. Quelle est votre ambition pour rénover, réutiliser et régénérer le patrimoine architectural?     

Dominique Perrault: L’«Ile de la Cité» est un trésor patrimonial; l'île est un monument dans son ensemble. Afin d'optimiser l'utilisation urbaine de ces différents monuments, ils doivent être considérés comme des éléments liés à travers un espace public régénéré, réutilisé, ouvrant ces bâtiments sur les places, créant une voie de circulation. Cela soulève des questions complexes de sécurité, mais des questions ambitieuses pour: comment mettre en commun ces espaces communs afin qu'ils soient plus accueillants pour les citoyens, fournissant des informations, des services, ... Il y a une transformation importante de la relation entre les citoyens et les institutions, entre les citoyens et l'État. L’île de la Cité symbolise cette transformation démocratique de l’espace où les institutions sont mises au service de la communauté. Le drame récent de Notre-Dame (l’incendie) révèle cette île comme «le cœur du cœur» et qui porte avec elle la transformation de Paris. Il fait référence à l'État et donc à l'ensemble du pays, c'est un espace à dimension nationale.     

ACE : Le mois prochain, ACE tiendra une conférence à Barcelone: Perspectives :  Forum des jeunes architectes. Comment voyez-vous la nouvelle génération et quel est votre conseil pour eux?     

Dominique Perrault: Je me réfère toujours à la culture marxiste. Lénine disait: «rabota, rabota rabota», une moto sculptée dans les bâtiments soviétiques et qui signifie: «travail, travail, travail».    

ACE : Comment voyez-vous le vieillissement de votre bâtiment?  

Dominique Perrault: Cela dépend de leurs utilisateurs. Certains utilisateurs entretiennent les bâtiments avec le plus grand soin, comme la Cour de justice de l'Union européenne à Luxembourg, qui accorde une attention particulière à la maintenance. Tout comme l’hôtel du département de la Meuse construit il y a plus de 25 ans, qui est encore à son apogée, ou le vélodrome et la piscine olympique de Berlin.     
Tous ces utilisateurs et propriétaires considèrent que les bâtiments n'ont pas vieilli parce qu'ils sont sans âge. L'architecture plutôt classique ne vieillit pas. Il s’agit d’un processus à long terme, qui n’est pas influencé par la mode, même s’il est parfois critiqué pour cette raison. Mais l'architecture classique résiste et résiste mieux au passage du temps.   

Dominique Perrault est un architecte et urbaniste français.
Il a acquis une renommée internationale pour sa conception de la Bibliothèque Nationale de France.
Plus d'informations www.perraultarchitecture.com 
Crédit photo: Alexandre Tabaste

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